D. Rabreau – « François De Neufforge et le théâtre à la grecque… »

Communication prononcée à la journée d’étude organisée par le Centre Ledoux, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et l’Université catholique de Louvain (K.U. Leuven), avec le concours de l’association GHAMU, Louvain, le 11 octobre 2002, Jean-François de Neufforge et l’architecture du XVIIIe siècle en Europe. Direction scientifique : Krista De Jonge (K.U.Leuven), Daniel Rabreau (Centre Ledoux, Univ. Paris 1 Panthéon-Sorbonne) & Dirk Van de Vijver (Univ. Utrecht).

Communication mise en ligne le 27 octobre 2008.

Le logo du Ghamu

Le savez-vous ? Le logo du Ghamu reproduit le plan d’un projet de grande écurie publié par l’ornemaniste-architecte Jean-François de Neufforge, dans son recueil élémentaire d’architecture (1757-1772).


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Le contexte thématique

Le courant artistique que l’on a appelé « Néo-classicisme », pour caractériser le renouveau de l’inspiration à l’antique dans toutes les formes d’art et de la mode, depuis les années 1750-1760, jusqu’au milieu du 19e siècle, est en réalité beaucoup plus varié que ne le suggère cet intitulé, relativement récent.

Coïncidant avec l’expression de la pensée philosophique, politique et scientifique des Lumières, qui découvre dans la vie urbaine le rôle d’un Public exigeant et à la recherche d’une identité affirmée, la politique des loisirs de la fin de l’Ancien Régime s’est appuyée à la fois sur s’exaltation d’une théâtromanie devenue sédentaire et sur la nécessité de régénérer les arts en moralisant ses objectifs.

Opposé à l’aimable décor « rocaille » et aux libertés incontrôlées, peu signifiantes, du « rococo » devenu international dans les années 1720-1750, un courant antiquisant, en France, va proposer dans les modèles de la civilisation des origines, la Grèce [un mouvement érudit découvre enfin les œuvres originales, auparavant seulement connues à travers l’art romain], une norme savante et digne à l’expression civique de la vie urbaine. La ville des Lumières voit alors naître le « théâtre-temple », édifice monumental inédit qui ennoblit le rassemblement du Public, face à la paroisse ou au palais.

Résumé de la communication

Théoriciens de l’art, architectes, scénographes, urbanistes et édiles ont alors le sentiment profond de régénérer l’art moderne, en puisant leur inspiration dans l’imaginaire épique et poétique d’une Grèce éternelle. Par exemple, œuvrant comme graveur et donneur de modèles dans l’entourage du grand architecte Soufflot, F. De Neufforge, s’est intéressé au programme et à la typologie des salles de spectacles et de concerts.

Outre les gravures du théâtre édifié par Soufflot à Lyon à son retour d’Italie, ainsi que d’autres estampes de théâtres européens et français publiés dans les fameux recueils de Dumont (1767-1769), De Neufforge propose lui-même des variations sur le thème de la salle de spectacle dans ses livraisons du Recueil élémentaire d’architecture (notamment les cahiers qu’il publie entre 1765 et 1768).

Ses projets se trouvent parfaitement en phase avec le grand mouvement de réforme de ce programme d’architecture dans lequel, sous l’influence de Voltaire, en particulier, et de l’entourage de A.-J. Gabriel, de Marigny et de la direction des Bâtiments du roi, s’affirme une volonté de rupture totale avec l’influence italienne séculaire qui dominait en Europe. A la suite de voyages d’étude destinés à évaluer les salles récentes italiennes, mais encore plus le Théâtre Olympique de Palladio (1580) et certains théâtres antiques récemment découverts (Herculanum), Potain, Patte, Dumont, Cochin et Soufflot vont illustrer par leurs projets une véritable théorie de la salle « à l’antique » moderne -ou gallo-grecque.

Le parallèle entre cette réforme de l’architecture et celle que font triompher Noverre et Gluck dans l’opéra et le ballet de l’époque, ou bientôt David en peinture, confirme le triomphe de l’art urbain public sur l’art de cours séculaire. Situés entre les projets concrets pour l’Opéra du château de Versailles et ceux pour la Nouvelle Comédie Française à Paris (actuel Théâtre de l’Odéon), les modèles de F. De Neufforge participent idéalement à cette régénération espérée des spectacles en France, sous l’impulsion des Lumières.

Cette conférence tente d’évaluer l’originalité libre de Neufforge, par rapport aux contraintes qui amoindrirent, concrètement, les réalisations de Gabriel, De Wailly et Peyre, V. Louis ou Ledoux dans ce domaine où s’identifie un nouveau type de monument français destiné aux loisirs, soumis au « goût à la grecque ».