Valérie Montalbetti, « Le Sueur : « Raphaël de la France ». L’ambiguïté de la référence italienne dans l’invention d’un maître de l’art français »

Résumé

Eustache Le Sueur (1616-1655), représentant éminent de l’atticisme parisien au milieu du XVIIe siècle avec Laurent de la Hyre, doit sa reconnaissance actuelle à Alain Mérot et à un marché de l’art qui continue de s’arracher ses tableaux. Quant à la réputation qu’il eut au XVIIIe siècle, elle est principalement due à l’analogie entre lui et Raphaël que la littérature critique mit en scène à partir des années 1680, en le présentant comme le « Raphaël de la France ». Mort à trente-huit ans quand l’illustre Italien auquel on le comparait était décédé dans sa trente-septième année, Le Sueur avait montré, dans quelques chefs-d’oeuvre comme le cycle de La Vie de Saint Bruno dont le comte d’Angiviller fit de véritables trésors nationaux, une maîtrise de toutes les parties de la peinture gouvernée par la clarté et la simplicité. Toutefois, au-delà du caractère tout rhétorique de la comparaison, l’entreprise d’assimilation des deux peintres relève avant tout d’un habile montage idéologique, dont l’enjeu est bien l’existence de cette école française qui, au XVIIIe siècle, gage les prétentions nationales à incarner la Nouvelle Rome, tant artistiquement que politiquement.